L’eau : l’ingrédient secret d’un thé vraiment réussi -- Carnet d'ateliers (Les 88 Thés)
- Admin
- 17 déc. 2025
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 11 heures
SOMMAIRE :
À retenir tout de suite
Pourquoi l’eau change tout (vraiment tout)
Les 3 problèmes les plus fréquents
La cible idéale : une eau “douce, propre, discrète
Robinet, filtrée, bouteille : que choisir ?
Le test maison en 10 minutes (sans labo secret)
Température : l’autre moitié du couple “eau + feuille”
Dosage et temps : ne te sabote pas tout(e) seul(e)
Dépannage : “Mon thé est bizarre, j’ai quoi ?”
Conclusion : l’eau, c’est ta signature invisible
“La différence entre correct et sublime.”
Tu peux acheter un thé sublime. Rare. Millésimé. Cueilli à la main par quelqu’un qui parle aux nuages.
Si ton eau est médiocre… tu obtiens une tasse correcte, parfois. Et souvent une tasse “bof”, sans comprendre pourquoi.
Mon avis est très clair : la plupart des gens ratent leur thé à cause de l’eau, pas à cause de la feuille. On accuse le thé, on accuse la théière, on accuse la lune. Alors que le coupable porte un nom banal : le robinet.
En atelier, je vois toujours la même scène : on parle feuilles, on parle théière… et on oublie l’eau. Alors que c’est elle qui tient le volant. La feuille, si tant est qu’elle ait été bien cueillie et bien travaillée, fait ce qu’elle peut.
Et comme c’est mon type de justice préféré (celle qui améliore ton quotidien en 10 minutes), voilà un guide complet.
À retenir tout de suite
Le thé, c’est majoritairement de l’eau. Donc l’eau décide du goût, du parfum, et de la texture.
Une eau trop calcaire étouffe les arômes et “durcit” la tasse.
Une eau trop chlorée ou trop “traitée” donne une amertume parasite et une impression de fade.
Le but : une eau neutre, propre, pas trop minéralisée, qui laisse la feuille parler.
Pourquoi l’eau change tout (vraiment tout)
Quand tu infuses, tu ne fais pas juste “tremper des feuilles”.
Tu fais une extraction : tu invites dans ta tasse des acides aminés (douceur), des polyphénols (structure, parfois astringence), des sucres, des composés aromatiques… bref, un monde, ou devrais-je dire, beaucoup de monde.
L’eau est le solvant. Et comme tout solvant, elle a un caractère. Elle peut :
ouvrir les arômes (tasse nette, précise),
les brouiller (tasse sourde, “plate”),
accentuer l’amertume,
casser la finesse,
ou au contraire donner une sensation soyeuse.
Tu vois l’idée : l’eau n’est pas un support neutre. C’est un acteur. Parfois un acteur génial. Parfois un figurant qui prend toute la lumière et gâche la scène.
Les 3 problèmes les plus fréquents
1) L’eau trop calcaire (dure)
C’est le classique en France (selon les villes). Les signes :
ton thé a un goût “sec”, moins parfumé,
l’infusion semble “éteinte”,
tu vois parfois un léger voile, une pellicule, ou du dépôt,
ta bouilloire s’entartre vite.
Ce que le calcaire fait au thé : il neutralise et accroche certains composés, ce qui peut bloquer la finesse et accentuer une impression minérale un peu brute, surtout sur les thés délicats (verts, blancs, oolongs fins).
2) Le chlore / le goût “piscine”
Tu le sens parfois à froid, parfois seulement une fois chauffé.
ça donne une amertume parasite,
ça écrase les notes florales,
ça “salit” l’aromatique.
3) Une eau trop minéralisée
Même sans calcaire “visible”, certaines eaux ont une minéralité haute : ça peut donner une tasse lourde, épaisse, parfois métallique ou “verrouillée”. Sur un thé très fin, C’est comme écouter Mozart à travers un mur trop épais : tout est là, mais rien n’est fin. »
La cible idéale : une eau “douce, propre, discrète
Je vais te dire un truc simple : la meilleure eau pour le thé, c’est une eau qui ne veut pas être la star.
On cherche :
peu de goût résiduel,
peu de chlore,
une minéralisation modérée,
et une sensation en bouche souple.
Ce n’est pas une obsession technique. C’est juste… du bon sens sensoriel.
Robinet, filtrée, bouteille : que choisir ?
Option A — Robinet + carafe filtrante (ou filtre au charbon)
C’est souvent le meilleur rapport simplicité/efficacité.
Ça réduit chlore et goûts parasites.
Ça améliore beaucoup les thés délicats.
Mon opinion : si tu veux un upgrade immédiat sans te prendre la tête, c’est la voie royale.
Petit détail pragmatique : change les filtres correctement et garde l'eau filtrée au frais si tu la stockes.

Option B — Laisser reposer l’eau
Si ton souci principal est le chlore, tu peux aussi :
remplir une carafe,
laisser reposer (sans couvercle) un moment.
Ça aide parfois, mais ça ne règle pas le calcaire.
Option C — Eau en bouteille
Utile si ton eau du robinet est vraiment compliquée.
L’idée générale : évite les eaux très minéralisées pour les thés fins.
Pour des thés plus charpentés (certains noirs, certains shou pu erh), tu as un peu plus de marge, ce qui n'empêche pas de rester dans l'excellence)
(Je ne te balance pas une liste de marques comme une influenceuse en transe : l’important, c’est le principe. Et si tu veux, tu me dis ta ville et ton type d’eau, et je t’oriente proprement.)
Le test maison en 10 minutes (sans labo secret)
Tu prends le même thé, tu infuses exactement pareil, et tu compares :
Eau du robinet
Eau filtrée
Eau en bouteille “plutôt légère” (si tu en as)
Tu notes :
l’intensité aromatique (est-ce que ça “monte” ?),
la douceur (est-ce que ça accroche ?),
la longueur (est-ce que ça reste ?),
la texture (soyeux vs sec).
Souvent, tu vas avoir une révélation. Et oui : c’est une révélation qui tient dans une carafe. La magie, parfois, c’est très domestique.
Température : l’autre moitié du couple “eau + feuille”
Même avec une eau parfaite, si tu verses trop chaud sur un thé délicat, tu obtiens une tasse agressive.
Repères simples (sans tableau indigeste)
Thés verts / blancs délicats : eau pas bouillante. Tu veux de la tendresse, pas une agression.
Oolongs : ça dépend du style (plus oxydé = plus chaud).
Thés noirs : plus tolérants, eau plus chaude.
Pu erh : souvent plus chaud, surtout en gong fu.
Mon conseil pratique : si tu n’as pas de bouilloire à température, fais simple :
tu fais bouillir,
tu laisses reposer un peu,
puis tu verses.
Ce n’est pas “ultra scientifique”, mais c’est déjà infiniment mieux que “bouillant sur tout”.
Dosage et temps : ne te sabote pas tout(e) seul(e)
On a tendance à faire :
trop de feuilles + trop longtemps = amertume, astringence, tasse dure.
pas assez de feuilles = tasse plate, et on accuse le thé.
Règle de survie
Si ton thé devient amer :
réduis d’abord le temps, pas forcément la quantité.
Si ton thé est fade :
augmente un peu la quantité, ou infuse légèrement plus longtemps.
Et si tu veux une expérience luxueuse (type salon de thé) :
fais plusieurs infusions courtes plutôt qu’une infusion longue. C’est souvent là que le thé devient narratif, pas juste “une boisson chaude”.
Dépannage : “Mon thé est bizarre, j’ai quoi ?”
“Ça a un goût plat, comme si tout était loin”
Souvent : eau trop minéralisée, ou trop froide, ou dosage trop faible.
“C’est amer / ça accroche”
Souvent : eau trop chaude, infusion trop longue… ou eau chlorée qui ajoute une dureté parasite.
“J’ai un voile / un dépôt”
Souvent : calcaire + certains composés du thé. L’eau filtrée aide beaucoup.
“Mon thé sent bon mais ne goûte rien”
Souvent : extraction mal réglée (température/temps), ou eau trop dure qui verrouille la tasse.
Mini “cheat sheet”
Pour les thés fins : eau douce + température modérée + infusion plus courte.
Pour les thés plus puissants : eau correcte + plus chaud + plusieurs infusions.
Si tu veux améliorer ton thé sans changer de thé : change l’eau en premier.
Conclusion : l’eau, c’est ta signature invisible
J’aime l’idée qu’un grand thé ne demande pas un décor cérémoniel pour exister.
Il demande juste un geste juste. Et une eau qui ne trahit pas.
Et honnêtement, c’est une bonne nouvelle.
Parce que ça veut dire que tu peux offrir à ton quotidien une amélioration immédiate, sans exploser ton budget, sans t’équiper comme un laboratoire, sans te raconter des histoires.
Tu ajustes l’eau. Tu ajustes la température. Et soudain, le thé tient se révèle.
FAQ — L’eau idéale pour le thé
FAQ -- L'eau idéale pour le thé
1) Quelle est la meilleure eau pour faire du thé ?
Une eau neutre et peu marquée : pas de goût de chlore, pas trop calcaire, et pas trop minéralisée. L’idée, c’est que l’eau porte le thé au lieu de le “recouvrir”.
2) Est-ce que le calcaire change vraiment le goût du thé ?
Oui. Une eau très calcaire peut donner une tasse plus sèche, moins parfumée, parfois un peu “dure”, surtout sur les thés verts, blancs et oolongs fins.
3) Comment savoir si mon eau est trop calcaire ?
Indices simples : bouilloire qui s’entartre vite, dépôts blancs, thé qui manque de finesse. Tu peux aussi regarder la dureté indiquée par ta commune (rapport de qualité de l’eau).
4) Est-ce que faire bouillir l’eau enlève le calcaire ?
Non. Faire bouillir n’enlève pas les minéraux (dont le calcaire). Ça peut réduire un peu le chlore, mais le calcaire reste.
5) Le chlore dans l’eau du robinet peut-il gâcher un thé ?
Oui. Le chlore peut apporter un goût parasite et écraser les notes florales. Sur les thés délicats, ça se sent très vite.
6) Une carafe filtrante suffit-elle pour améliorer l’eau du thé ?
Souvent, oui : elle aide surtout contre le chlore et certains goûts parasites. Si ton problème principal est une eau très dure, ça peut aider, mais parfois il faut aussi envisager une eau plus adaptée (filtration plus poussée ou eau en bouteille “légère”).
7) Quelle eau en bouteille choisir pour le thé ?
Privilégie une eau plutôt légère (minéralisation modérée), surtout pour les thés fins. Les eaux très “chargées” peuvent donner une infusion plus lourde et moins précise.
8) Est-ce que la même eau convient à tous les thés ?
Pas toujours.
Thés verts / blancs / oolongs fins : eau douce = meilleure précision.
Thés noirs / certains pu erh : un peu plus de minéralité peut passer, mais trop reste pénalisant.
9) Pourquoi mon thé sent bon mais a peu de goût ?
Souvent : eau trop dure, température mal ajustée, infusion trop courte… ou dosage trop faible. Le parfum peut “monter”, mais la bouche reste vide si l’extraction est mal réglée.
10) Pourquoi mon thé devient amer ou astringent ?
Les causes les plus fréquentes : eau trop chaude, infusion trop longue, ou dosage trop élevé. Le chlore peut aussi ajouter une amertume “sale”.
11) Est-ce que je peux réutiliser une eau déjà bouillie ?
Tu peux, mais pour une tasse plus fine, l’eau fraîche donne généralement un meilleur résultat. En atelier, on le sent surtout sur les thés délicats.
12) Peut-on préparer l’eau filtrée à l’avance ?
Oui, mais garde-la proprement (idéalement au frais si tu la stockes). Et change ton filtre selon les recommandations : un filtre épuisé, c’est la porte ouverte aux goûts parasites.
13) Comment tester rapidement si mon eau convient à mon thé ?
Fais un test “à thé identique” : même thé, même dose, même temps, et compare robinet vs filtrée vs bouteille légère. La différence saute souvent au palais.
Ces réglages (eau, température, infusion) font partie des bases que je transmets en atelier -- parce que c'est la que la différence entre , bof, correct, bon et sublime devient ... reproductible.
N.L.L.


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